Les Feuillets de Lelf

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Créations

De l'inspiration, un peu d'encre et une série de mots sortis de mon imaginaire

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mardi, 13 octobre 2009

Qui mène la danse



En juin 2008, je tombe sur un appel à textes du fanzine Éclats de Rêves. J'ai voulu participer, mais la deadline étant pour le même mois, je n'avais même pas eu le temps de faire mon premier jet avant la clôture de l'appel. Tant pis, j'ai creusé dans mon ordi et retrouvé ça pour vous. Et je lui ai même donné une fin, proche de celle que j'avais dans la tête à l'époque. Ce n'est pas très sérieux, ni même spécialement bien écrit (par rapport à ce que je pouvais faire à l'époque (sweet old days...)), mais c'est léger, ça se lit bien et mon Kromagnon aime. Alors, voilà.



A vous de découvrir maintenant Qui mène la danse...




N.B. : 26 200 caractère environ, 13 pages Word en Arial 13 et interligne 1,5 (donc en fait pas beaucoup de vraies pages et en plus ça se lit vite)



lundi, 11 août 2008

Yeux de fée (2)

Pour Amélie, c'est long, mais tu l'as bien cherché.

****

Tommy l’enfant à l’imagination débordante était devenu Tom, psychothérapeute respectable, marié, père d’une petite fille adorable. Il était heureux entouré des deux femmes de sa vie, gagnant de quoi vivre plus que confortablement, habitant en banlieue calme d’une petite ville agréable. Pourtant, depuis quelques semaines, Tom s’inquiétait.

Sarah avait eu cinq ans le mois passé. Au lieu de jouer avec des poupées comme ses camarades d’école et ses voisines, elle préférait jouer avec un ami imaginaire. Certes, ce genre de développement est relativement courant chez les jeunes enfants, mais ce qui inquiétait Tom c’était que cet ami était sensé être un lutin habillé de vert aux vêtements trop grands pour lui, le visage tout ridé presque enseveli sous une longue barbe hirsute et qui s’amusait à voler des objets dans la maison. Quel besoin avait donc une enfant a priori saine de se lier d’amitié avec un vieil homme, qui plus est d’une autre espèce qu’elle ? Tom n’avait encore jamais rencontré le cas auparavant et il se préparait à prendre une décision difficile : celle d’emmener sa fille consulter un de ses collègues pour enfin comprendre. Surtout que des clés, des vêtements, des magazines et autres objets disparaissaient effectivement un certain temps avant d’être retrouvés dans la chambre de la petite. Et Tom souhaitait endiguer ce caractère cleptomane avant qu’il ne soit trop développé et devienne dangereux pour sa fille.

Elise n’était pas très partante pour que Sarah subisse une analyse. Pour elle l’ami imaginaire, les petits « emprunts » de son ange étaient avant tout le signe d’une imagination fertile et non d’un problème comportemental. Pourtant, elle avait cédé à son mari quelques jours auparavant. Tom et Sarah se trouvaient maintenant dans la salle d’attente du psychologue pour enfants le plus réputé de la ville.

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mercredi, 23 juillet 2008

Yeux de fée

Tommy jouait aux petites voitures dans le salon lorsqu'il l'aperçut pour la première fois. Il paraissait âgé au vu des rides qui lui barraient le visage. Son vêtement vert foncé était d'une taille trop grand pour lui et ses bottines de cuir marron étaient toutes élimées sous l'effet de l'usure. Un sourire goguenard éclairait son visage et il marchait sur la pointe des pieds. Tommy le regardait bouche bée, ses grands yeux bleus écarquillés. Il n'osait plus respirer, ne comprenant pas comme ce petit être était arrivé dans sa maison ni ce qu'il venait y faire. Il le vit farfouiller dans la soucoupe de l'entrée, posée sur la commode, où Maman mettait toutes les clés. Le lutin disparut soudainement lorsque Maman entra dans la maison après sa journée de travail.

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lundi, 14 juillet 2008

Le Paradis sur Terre ?

Les bancs de Paris la nuit sont propices aux lamentations se dit Jean, assis sur un des objets en questions bordant le Champs de Mars. Plongé dans l'obscurité de la nuit avancée, il regrette, il maudit, il se sent en colère. Jean en a marre. Il est au chômage depuis des mois, sa femme l'a quitté pour un ami plus riche, comme pour donner un meilleur goût de cliché à sa vie. Et depuis 20 ans, comme toujours, il va au même bar retrouver les mêmes personnes pour raconter les mêmes choses. Sa vie est morne et les seules choses qui bougent ne font que l'enfoncer dans son désespoir.
Alors Jean prie. Il prie pour qu'on lui envoie un peu d'espoir, un peu de changement positif dans ce monde de merde. Comme en écho à toutes ces pensées, une faible colonne de lumière descendit du ciel, une silhouette immaculée s'en détachant, semblant descendre droit du paradis.


[Suite...]

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lundi, 5 mai 2008

L'épopée de Jean-Claude

Jean-Claude habite dans la savane. Et il aime ça. Surtout quand il s'agit de prendre un bon bain avec sa famille. Normal pour un hippopotamme.

Mais Jean-Claude aime aussi traîner du côté de la maison des N'Gouma. Il se glisse près de cet antre que ses parents lui ont dit d'éviter à tout prix ; et là, par la fenêtre, Jean-Claude s'envole au paradis. Jawaad, le père, et Malaika sa fille, aiment tous deux se regrouper devant le petit écran une fois la nuit venue. Et Jean-Claude vient depuis maintenant des lunes observer à travers la petite fenêtre, les différents programmes, couleurs, bruits et humains que contenait cette petite boîte intrigante. Malaika le sait, en même temps, difficile pour un hippopotame de se cacher. Et le soir elle lui laisse toujours un petit en-cas avant le début du film et a rapproché la télévision de la fenêtre, le tout sous l'oeil amusé de son père.

Ce soir, c'est soirée action sur la chaîne préférée de N'Gouma. D..I..E.....H...A...R..D lit Jean-Claude depuis le coin de savane d'où il a le meilleur angle de vue. Et le film se déroule. Sentiments, bagarre, trahison, sang. Les gentils contre les méchants, un homme prêt à tout pour sauver sa famille et des inconnus. Jean-Claude ne se rend même pas compte qu'il est tétanisé, absorbé, gueule grande ouverte devant les exploits de John McCLane.

Le lendemain, ses cousins le trouvent bien silencieux lors du grand bain. Jean-Claude bouge à peine, se laisse peser dans l'eau. Il n'entend pas les moqueries qui commencent à fuser autour de lui, car Jean-Claude est déjà loin dans son esprit. Un plan germe. Un grand plan. Qui épatera toute la savane et fera de lui un héros comme McCLane. Oui, il allait devenir le défenseur de la savane, le sauveur vers qui toutes les demoiselles hippo se tourneraient en cas de détresse.

Ainsi, avec un morceau de branche d'un arbre brûlé la veille, il se dessina des lunettes de soleil. Ca fait vachement plus classe. Puis il fit un petit galop à travers la plaine pour entretenir sa forme et s'arma d'une solide branche dans sa gueule afin de pouvoir se défendre.
Le voir ainsi accoutré et agir comme un humain imaginaire, toute sa famille commença à rire du pauvre Jean-Claude. Il semblerait même que le cousin Arthur (paix à son âme) ait oublié que même un hippo pouvait se noyer sous le coup d'une crise de fou-rire. Mais Jean-Claude ne s'arrêterait surement pas à ces idioties.

Et des jours durant il patrouilla, la patte légère, l'oeil vif, en alerte, prêt à bondir au moindre danger. Sauf que le pauvre Jean-Claude tomba un jour sur un groupe de hyènes qui avaient entendu parler de sa nouvelle lubie et en avaient fait leur nouvel objet de ricanement. Comme chacun sait que les hyènes sont une sale engeance, il était du devoir de Jean-Claude de les repousser hors du territoire des hippos. Mais loin d'être intimidée par la carrure et l'allure du nouveau héros de la savane, elle le tournèrent en ridicule, le mettant à terre en moins de temps qu'il n'en faut à John McCLane pour décider à faire péter une bombe, et le laissant là, gisant, incapable de se relever, ne pouvant qu'attendre un véritable héros pour le remettre sur pattes. Puis elles s'en allèrent en ricanant, allant colporter la nouvelle du héros mis à mal par trois pauvres hyènes.

Ce fut Malaika qui le trouva ainsi. Avec la rapidité de ses petites jambes, elle alla prévenir son père et tous deux revirent chargés de matériel médical et d'eau (comme il avait soif ! Il l'avait presque oublié). Leurs très bons soins lui permis d'être sur pattes le soir même et après une caresse du bout de son gros nez à chacun des hommes, il s'en retourna chez les siens. Mais quelque chose avait changé. Avant il était juste Jean-Claude. Maintenant grâce aux hyènes et à leur histoire, il était Jean-Claude le bon à rien, la risée de la tribu entière.

Tout penaud, il prit le chemin de la maison des N'Gouma. Un peu de télévision lui ferait du bien, ainsi que la présence de ses héros à lui. De la nourriture l'attendait, son coin était tout frais, il s'y installa sous l'oeil amusé de Malaika. Et le show commença. Une émission (comment disent-ils déjà ?) de télé-réalité où les gens sont choisis pour leur talent au chant. Là... Bien sûr ! La voilà la solution. Il n'était pas un gros dur capable de protéger la savane, mais il n'était pas bon à rien. Il allait leur prouver à tous : il allait devenir chanteur !

mardi, 18 mars 2008

Un endroit où l'on se sent bien...

L'air est chaud et le vent souffle doucement, caressant ma peau. Le soleil brille de tout son éclat, sans pour autant être aveuglant ; il sublime les couleurs du paysage environnant. Les branches de l'arbre auquel je suis adossée me protègent des rayons, me procurant un toit verdoyant. L'écorce est rugueuse et l'odeur de la sève parvient jusqu'à mes narines, se mêlant à l'odeur de l'herbe chaude et de l'iode. D'où je suis j'aperçois les vaguelettes sur la mer. Cette dernière est calme, elle se balance doucement, telle une vieille dame somnolant dans son rocking-chair. Sa couleur est indéfinissable, tantôt bleue comme un miroir du ciel, tantôt verte comme les hauteurs de la falaise où je me trouve.

Le silence règne, à peine perturbé par les faibles chocs des vagues sur les rochers en contrebas ou le son du vent léger dans les branches de l'arbre. Aucun oiseau ni autre animal à l'horizon, je suis en tête à tête avec la nature. Ma respiration se cale sur le mouvement des vagues et j'ouvre les bras, comme pour embrasser le panorama, accueillant à plein poumon l'air chargé d'iode. Les tensions se dénouent dans mon corps sous les caresses du vent et je souris, libérée de la grisaille des mauvais jours, du stress de l'hiver, de l'angoisse de la ville.

J'ouvre le carnet posé jusque là sur mes genoux et immortalise l'instant à l'aide de mon crayon. Depuis toujours, à chaque étape de notre voyage, je couche dans mon carnet de cuir les paysages, les gens, les odeurs, les sensations. Bien que tout soit présent en moi à jamais, je ne peux plus oublier la chaleur du soleil en hiver, ni la caresse des flocons de neige en été.

Une voix appelle mon nom. J'ai dû m'assoupir, bercée par la chaleur, le silence et le mouvement des vagues. Au loin on me fait signe. Le cheval est reposé et la roulotte parée. Il va falloir repartir vers un autre horizon. Un dernier regard depuis la falaise, un dernier vertige devant la grandeur de cette nature, et je rejoins mes camarades de voyages. Comme moi ils sont gitans, n'appartenant à aucune patrie, mais vivant pleinement la vie et profitant de chacun de ses cadeaux.

samedi, 8 mars 2008

Sans vagues

Petit Ange et Petit Coeur sont sur un bateau.
Et personne ne tombe à l'eau !
Depuis maintenant un an ils mènent leur barque au gré de la grande étendue et de ses humeurs.

Leur histoire commence sur une petite île non loin d'ici. Petit Ange était un être étrange, qui fit bien rire Petit Coeur. A l'époque, chacun ramait sur son propre petit bateau, et celui de Petit Coeur essuyait quelques tempêtes. Heureusement, Petit Ange savait naviguer, et ensemble il apprirent à avancer de concert. Une, deux. Une deux. Des fois un coup de rame de trop ou de moins les éloignait un peu, mais en fournissant un peu d'efforts, ils se remettaient vite à niveau.

Bien sûr, il y eut des tempêtes. Souvent, Petit Coeur en était à l'origine, et subissait ses propres coups de tonnerre sous le regard impuissant de Petit Ange. Et parfois, la tempête faisait rage du côté de Petit Ange et Petit Coeur ne savait pas trop quoi faire. Mais ainsi va la mer : un coup en haut, un coup en bas... mais on avance toujours.

Evidemment, après la tempête viennent les beaux jours. Et Petit Ange et Petit Coeur ont eu l'idée de raccrocher leurs deux bateaux pour être plus proches. Lorsque la mer est calme, ils s'allongent en regardant le ciel et partagent plein de choses qu'ils ne sauraient partager avec personne d'autre.
Un jour, Petit Coeur eut une idée.

« - Dis, tu ne trouves pas que le bateau est plus stable lorsque nous sommes tous les deux dans le même ? »
« - Tiens, si, tu as raison. » répondit Petit Ange
« - Et si on prenait un seul bateau pour nous deux ? »
« -Quelle bonne idée ! »

C'est ainsi qu'ils se mirent à partager le même pont après quelques mois de navigation parallèle. Ils savent tous deux que cela n'arrêtera pas forcément les tempêtes, mais à deux le bateau est plus stable et on est plus fort pour lutter.
Et depuis quatre mois donc, sous un soleil radieux, à peine perturbé par quelques nuages, Petit Ange et Petit Coeur observent l'horizon, main dans la main. Ils rament de concert lorsque le vent fait défaut. Et ils sont heureux. Ils suivent la lumière vers l'Ouest, à la recherche de son éclat. Un éclat aussi brillant que celui qu'ils ont dans le coeur.

Ce soir, comme tous les soirs, la mer les berce tendrement. Petit Coeur regarde Petit Ange endormi, à la lueur de la Lune, et elle se dit qu'elle a beaucoup de chance. Elle n'a plus peur de la mer avec lui à ses côtés. Chaque jour qui passe les muscle un peu plus et rend leurs mouvements sur le bateau plus sûrs.
Et en ce soir un peu spécial, Petit Coeur s'endort le sourire aux lèvres. Cela fait maintenant un an, une si petite année, qu'elle connaît son Petit Ange. Mais elle sait qu'ils verront encore de nombreux paysages ensemble, qu'il navigueront jusqu'au bout du monde, car rien ne les arrête. C'est qu'elle l'aime son ange, le capitaine de son coeur. Et c'est qu'il l'aime aussi son petit coeur, l'ange de son voyage.

Et sur ces pensées, la petite barque continue paisiblement son voyage, vers d'autres aventures, d'autres caps. Peu importe où ils iront : ils sont ensemble, pour longtemps.

Pour mon Ange, Joyeux Un An, E.F.

samedi, 1 décembre 2007

Esprit de Noël

Non mais regardez les, ces moutons ahuris, qui courent avec plaisir pour vider leur portefeuille et enrichir les entreprises déjà multimillionnaires. Regardez les se battre et s'entasser, attendre la dernière minute, céder aux caprices de leurs monstres sous prétexte que quelqu'un a décidé un jour que la fin de l'année rimerait avec cadeaux et endettement...

« - Oh, pardon Monsieur !
- Vous n'pouvez pas regarder ou vous aller, non ? »

Evidemment, elle n'a pas attendu ma question pour détaler. Des fois que je veuille me venger en la bousculant à mon tour. A moins qu'elle ne soit pressée d'aller acheter son prochain jouet, histoire d'éviter la rupture de stock et de se charger encore plus (est-ce seulement possible ?).
Noël est la bonne période pour s'entraîner au bowling humain. Tous pressés qu'ils sont, zig-zagant ainsi dans la rue, il suffit de marcher droit, épaules contractées et hop, des paquets par terre, des toupies humaines, des insultes. Tant pis pour eux. Les fêtes sont toutes les excuses pour oublier la politesse et le bon sens. Je refuse de me laisser imposer leur danse frénétique.

L'intérieur des magasins est une jungle bien plus dangereuse que la rue. Mais comment diable peuvent-ils respirer dans cette atmosphère saturée de sueur et de chaleur. La tête me tourne déjà, je me sens rouge comme la pivoine. La chaleur humaine ne m'a jamais parue aussi peu plaisante.

« - Puis-je vous aider en quoi que ce soit, Monsieur ?
- Euh, oui. Je cherche le dernier Ari Poteur s'il vous plaît.
- Bien sûr, il est juste au bout de l'allée sur le présentoir que vous voyez là bas.
- Merci bien.
- Je vous en prie, au revoir. »

Ah, et la queue à la caisse... Comment oublier la queue à la caisse ? La file interminable, la mère de famille qui se croit permis de doubler parce que son chiard braille comme un veau et qu'elle en a marre, celui qui râle parce qu'il n'a qu'un petit livre alors que ceux de devant ont des paniers débordants. Et le moment fatidique de dégainage de la carte bleue. On pourrait trancher un de leur membre que ce serait pareil. Et pourtant ils le font. Mais Noël a ce pouvoir de faire que l'absurde devient commun. Fascinant...

Enfin, on respire nettement mieux à l'extérieur. Même s'ils essayent de nous éblouir à coup d'illuminations, ce ne sera pas pire que les lampes électriques de l'intérieur. C'est un tel soulagement que de retrouver la lueur du jour (même polluée) que j'en pardonnerais presque cette dernière bousculade.

« - Apprends à faire la différence entre un lampaire et une personne, péquenot ! »

Presque. Fallait pas déconner non plus.

Home sweet home. Chaussons, fauteuil, chauffage à bonne température, thé brûlant. Récapitulons. Les ploucs : dehors. Et dedans : le jeu vidéo de Henri, le livre de Manon et les chocolats pour leurs bêtes de parents. Mission accomplie. Je suis sûr qu'ils vont adorer ça mes petits, j'ai hâte de voir la réaction sur leur visage. Vivement le 25.

copyright E.F.

jeudi, 15 novembre 2007

Le Froid l'emportera






Pour inaugurer la proposition de Meuble de mettre mes nouvelles trop longues en format pdf, je vous propose de découvrir Le Froid l'emportera
(en avant première internationale, attention !).

Rassurez-vous, elle n'est pas si longue que ça.

Bonne lecture, et au plaisir de lire vos commentaires.

mardi, 13 novembre 2007

Grandes eaux

Ses pleurs résonnent sur les murs blancs de la pièce. Au centre de ce cube dénudé, elle se tient assise sur un petit lit aux draps immaculés se fondant avec le lieu. Elle cache son visage à l’aide de ses mains comme pour essayer de retenir les larmes qui s’échappent de ses yeux bleus. Depuis des heures maintenant elle est prostrée ici. Une fois la première goutte salée échappée de sa prison lacrymale, d’autres ont suivi qui en ont entraîné encore davantage avec elles. Et plus les larmes essayent de sécher, plus le flot s’accentue.

Le niveau atteint maintenant ses genoux et se rapproche dangereusement du niveau de sa couchette. Le froid la gagne et agite son corps de tremblements indistincts des sanglots qui fusent toujours plus fort. Entre deux hoquets, elle appelle à l’aide. Seuls les murs lui répondent en lui renvoyant tels des miroirs la panique dans sa voix. Elle aimerait quelqu’un, n’importe qui. Qu’il fasse quelque chose, n’importe quoi. Mais qu’il la soulage de ce poids sur son cœur, qu’il la sauve des flots qui n’en finissent pas de monter, qu’il la sorte de cette pièce froide, de cette prison qui sera son tombeau si elle ne s’en échappe pas.
Elle voudrait bouger mais le froid et la peur la paralysent. Elle ne peut que rester sur ce lit qui va bientôt se faire submerger, alimentant elle-même l’instrument de sa perte. Elle a beau attendre, appeler, guetter, elle sait pertinemment que personne ne viendra. Elle sait qu’elle est isolée, qu’elle seule détient la clé pour se libérer. Malgré cette certitude, elle ne sait pas comment faire. Et tandis qu’elle se perd dans ses questions, ses certitudes, ses angoisses et ses attentes, le niveau d’eau salée atteint le lit et monte rapidement jusqu’à sa taille.

Les coudes baignant dans les flots, les doigts couvrant toujours son visage dans l’espoir vain que cela arrêtera les larmes de s’échapper de ses yeux, elle se résigne. Elle a beau savoir qu’elle devrait lutter, elle est trop fatiguée, elle en a assez. Depuis qu’elle est enfermée ici et que la première goutte est tombée, elle s’est posée des centaines de questions. Pourquoi ? Comment ? Par quel moyen ? Où ? Qui ? Elle libère son visage bouffi du masque de ses mains, n’essayant plus de retenir l’écoulement. Elle s’y abandonne même. La lutte a été difficile et il a gagné. Que pourrais-t-elle faire de plus, cette prisonnière fragile dans cette pièce inhospitalière ?
Elle s’adosse à la tête de lit métallique qui achève de lui glacer les os, allonge ses jambes sur le matelas recouvert d’eau, pose ses mains sur ses cuisses et abandonne le contrôle de ses yeux et de sa tête à ces larmes incessantes. Elle attend que le niveau finisse de monter et qu’il l’emporte enfin, emportant sa souffrance en même temps que son existence. Elle baisse les paupières et attend.

Ce qui se passe dans la tête de Marie, Damien ne le voit pas. Lui est obnubilé par le sourire éclatant de la jeune fille devant lui et trouve charmante la mélancolie qui transparaît dans les yeux d’un bleu profond. Il boit ses paroles comme elle boit son café entre deux phrases. Depuis qu’il l’a rencontré il y a quelques mois, sa vie est devenue plus lumineuse. Il a plus d’entrain à se lever le matin, même pour aller travailler et surtout si il sait qu’il retrouvera sa belle pour traînasser à la terrasse d’un café ou dans une salle de cinéma. Lui qui se sentait si éteint, le voilà animé d’une nouvelle force. Et pour lui il ne fait aucun doute que la présence de Marie en est la raison. Mais il n’osera jamais lui dire cela. Elle est si belle, si impressionnante. Pourquoi aurait-elle besoin de son amour à lui, pauvre petit étudiant banal ? Alors il se contente de cette amitié, il la cultive. Il s’imagine à la remise des diplômes, souriant au visage familier et encourageant. Il la voit rire à ses blagues qui pourtant ne le méritent pas. Il la voit, pétillante, trouver le bonheur dans les bras de beaux jeunes hommes intelligents. Parce que c’est ce qu’elle mérite sa Marie. Et tandis qu’il sourit en écoutant la jeune fille, il ne perçoit pas la détresse derrière les prunelles bleues. Il ne voit pas le niveau monter. Il ne voit pas Marie se noyer.

copyright : E.F.

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