Tous les éléments se déchaînent, la tempête est levée. Majestueuse, violente, elle impose le respect, balaie tout sur son passage, ne laisse aucun survivant. Tout est noir, tout est vent, tout est pluie. Tout n’est que rage, destruction, désespoir. Rien ne peut la contrer. Tout est vide, tout a fui, tout semble silencieux. Seule sa voix résonne, dans ce monde vide, dévasté. Ce monde qui a abandonné le combat, qui subit sans lutter cette agression sauvage.

Pourtant on aurait dû la voir venir. Le temps, sous ses couverts paisibles, semblait malgré tout bien triste. La grisaille avait tout recouvert depuis un moment déjà. On s’y était habitué. Habitué à subir ce temps morose, uni, sans couleurs, sans chaleur. On s’était habitué, on l’avait oublié. Oublié que derrière cette apparence de stabilité se cachait un tourbillon. Oublié que le temps ne dort pas longtemps. Mais qu’il se réveille brutalement parfois, se rappelant à ceux qui auraient osé penser le maîtriser, le dompter, le réduire à une triste grisaille sans relief.
Malheur à celui qui oublie. Lorsque le premier coup de tonnerre éclate, il saura qu’aucune échappatoire n’est envisageable. Nier, fuir ne servirait à rien, l’orage se déchaînerait quoi qu’il en soit. L’orage n’a pas de maître, l’orage n’a pas de lois, l’orage ne connaît pas le bien et le mal. L’orage n’est qu’énergie pure, une déferlante de toute la frustration accumulée par ces temps de grisaille sans fin, un grand cri se libérant du silence dans lequel il était enfermé.
La foudre frappe, le tonnerre gronde. C’est une véritable danse des éléments qui se déroule. Incontrôlable, belle et terrifiante à la fois. On voudrait la comprendre, on voudrait la maîtriser. Mais on est fasciné par sa puissance, sa beauté, sa force, son éclat. Alors on se rend compte que rien ne sert d’aller contre elle, rien ne sert de vouloir analyser, réfréner. Il ne reste qu’à laisser la force se déchaîner, les éléments frapper. Laisser le ciel frapper, le vent crier, la pluie tout recouvrir. Laisser la furie se satisfaire dans sa réalisation, la colère s’estomper par la fatigue. Laisser les éclairs frapper puis s’éloigner. Laisser la furie aller jusqu’à son paroxysme dansant, le concert atteindre son apothéose, le chant envahir le moindre recoin du silence, le ballet s’enflammer….

Alors seulement, la tempête saura être domptée. Alors seulement, la paix sera retrouvée. Et alors seulement, le sommeil pourra m’envahir. Mais la tempête fait toujours rage en moi et je reste devant cet écran, ne pouvant que chanter et écrire pour la satisfaire. Attendant qu’elle ait fini de prendre mon énergie. Pour enfin, enfin, fatiguée, aller rejoindre le monde des rêves…..

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