...une voix familière répond.
Elle est calme, apaisante, compréhensive cette voix. Elle berce, elle rassure. Une présence amicale dans la solitude de l’épaisse noirceur. Mais elle, continue de pleurer. Pour un peu elle croirait qu’elle se vide de toute eau. Ce n’est pas grave lui dit la voix, qui l’encourage à se laisser aller, à déloger sa peur à travers ces flots tourmentés.

Si la chose pouvait ricaner, on entendrait les échos sarcastique se répercuter le long des parois veineuses. Mais la voilà coupée net. Figée dans sa progression. Elle se renforce quelque peu, augmentant son volume pour être bien sûre de maîtriser tout l’espace de ce corps fragile. Mais son enveloppe opaque sent quelque chose. Quelque chose d’anormal. Serait-ce de l’espoir ? Du relâchement ? Une perte de tension ? Une tentative de reprendre le dessus ? Serait-elle bête à ce point ? Entre rage, volonté farouche de vaincre et un début de doute, la bête explore son environnement pour comprendre cette sensation désagréable.

Déjà vingt bonnes minutes au téléphone. Elle, elle ne les compte pas ces minutes. Tout ce qui lui importe est de faire sortir cette chose d’elle. C’est fort, cela lui aspire toute sa force, la laisse tremblante et éteinte, épuisée. Mais au travers du petit combiné, un peu de lumière et de chaleur réussit à passer. D’abord elle en doute. Cela lui paraît tellement lointain, la lumière. Un vague souvenir effacé. C’est agréable. Comment avait-elle pu oublier cette sensation qui lui semble pourtant si familière ? Elle se raccroche plus fort que jamais au téléphone, suppliant intérieurement son amie de continuer à lui envoyer ces particules étincelantes.

Non… Ce ne peut être. Elle la dominait. Le doute laisse place à la certitude. Peut être même à un début de peur. Le mal peut-il être touché par son propre mal ? Toujours est-il que la bête est immobile. Elle fixe de toute l’absence de ces yeux un petit coin, là, dans ce cœur si délicat qu’il pourrait céder sous un choc relativement léger. Les tissus auparavant obscurs se font évacuer par petits bouts par une répugnante entité dorée. Et elle constate avec effroi que l’obscurité perd du terrain, faiblit, meurt sous l'assaut de cet ennemi repoussant. Les cellules reprennent vie. Elle tente de résister mais rien n’y fait. Cette ridicule parcelle de lumière la tient, elle, en échec ! Non… Ce n’est pas possible ! Et pourtant…

Elle sent qu’elle contrôle à nouveau sa respiration. Sa poitrine qui semblait ne plus vouloir se soulever a repris ses mouvements amples. Inspiration. Expiration. L’air qu’elle expulse atténue l’opacité de l’atmosphère, éclaircit l'obscurité. Dans un hoquet de larmes elle parvient même à rire. Et ce petit geste anodin lui apporte une bouffée d’espoir. Sois forte, ma fille ! Tu sais que tu as en toi ce qu’il faut pour lutter ! Tu peux le faire et tu n’es pas seule ! Elle se répète ses phrases encore et encore. Elle se persuade, elle y croit, elle le veut.

La chose rétrécit, entourée par ce… truc aveuglant. Elle se sent ridicule. Elle, si puissante, ratatinée par cet engin si pathétique, si niais, si écœurant ? Elle refuse de l’admettre, cherche un moyen de rependre le dessus. Rien. Rien, rien, rien ! Elle ne veut pas se laisser vaincre, pourtant elle recule, la rage émanant d’elle contenue par la lumière qui a repris ses droits. Un répit. Bizarre. Louche même. Pourquoi lui laisser un répit ? De toute la profondeur de ses capacités de perception, elle devine la charge plus qu’elle ne la perçoit. A peine le temps d’un dernier sursaut, la voici faible, mourante, privée d’hôte. Ne reste qu’à partir en chercher un autre. Elle n’a pas dit son dernier mot.

Quel bonheur de retrouver l’usage parfait de son corps. De se rappeler des bonnes choses, qui ont été prisonnières de la noirceur pendant un instant si long qu’on aurait pu croire qu’il avait duré des années. Des sensations qui quelques heures plus tôt lui paraissaient faire partie intégrante de sa vie s’en étaient allées et elle se rendait compte maintenant à quel point elles lui avaient manqué. La conversation téléphonique avait déjà dévié sur un sujet plus désinvolte, plus joyeux. Malgré son épuisement elle continuait de parler. Encore et encore. Pour ne pas laisser se terminer ce moment de victoire. Dans son esprit, une sensation douloureuse subsiste encore. La méfiance, le doute. Etait-ce vraiment terminé ? Elle préfère écarter ces questions. C’est fini maintenant.

Dans un coin de la pièce à l’atmosphère de fin d’été retrouvée, une chose, une bête, un être… bref, quelque chose de noir, de sombre et de menaçant, rumine sa vengeance.

copyright E.F.

Merci Tsubame d’avoir été là l’autre jour, quand l’angoisse me semblait si forte. Et merci de m’avoir aidée à la vaincre. Je te n’aime ma blonde, ce texte je te le dédie. (Merci pour la suggestion, merci pour l'inspiration, merci pour tout ^^)