Enfin il est là. J’en reviens à peine. Je le tiens dans mes bras, tout contre moi, et je me dis qu’il est si petit pour tous les efforts qu’il a fallu fournir ! Des semaines d’attente et d’ennui. Des heures de travail. Et enfin, la délivrance.

Quelle joie de le savoir enfin là ! Quel soulagement ! Voilà des nuits que je ne dormais plus. Il grossissait mais ne semblait jamais assez bien pour mettre un terme à cette souffrance. Et il m’a épuisée. De malaises en vertiges, de nuits courtes en journées difficiles, j’avais tellement hâte de pouvoir arrêter tout ça. Bien sûr, je sais que rien n’est fini, que c’est un début. Mais cette étape franchie marque le début d’un tournant dans ma vie.

Pour en arriver là, il a fallu se pencher sur cette problématique, puis commencer à le faire.Jamais satisfaite du résultat, il a été nécessaire de recommencer plusieurs fois. Jusqu’au jour où, enfin, le bon moyen a été trouvé et le voilà en route.

Je le regarde avec ses jolies couleurs. Je LES regarde, même. Deux exemplaires identiques pour le prix d’un. Tout beaux tout neufs. Prêts pour remplir leur fonction. Sous le soleil frais du matin je marche en les serrant contre mon cœur, trop effrayée par l’hypothèse d’une chute pour leur laisser la moindre liberté. Dans quelques minutes je serai arrivée à destination. Je monterai le petit escalier qui me mène jusqu’au bureau. Là, une femme m’attend. La veille nous nous sommes vues, seules, et elle sait que je dois repasser. Dans son antre, elle attend. Elle attend que je libère mes œuvres. Que je les abandonne.

Je ne lui en veux pas. C’était convenu comme ça. Je fais le travail, elle récupère le résultat et le transmet à ceux qui l’ont demandé. Tant de temps pour de si petites choses que l’on a à peine tenu quelques instants entre ses mains.
Mais à la regarder partir en emmenant mes créations, je n’ai pas de regrets. Ils vont être remis à quelqu’un qui saura comment les traiter et tout sera dans l’ordre. Bientôt je les reverrai, je pourrai à nouveau les admirer avant de leur dire adieu pour de bon.

Je suis seule maintenant sous le soleil de septembre. Et ce n’est pas grave. Je sais qu’un autre projet m’attend. Malgré la fatigue, une étincelle continue de briller. Cette force, je l’entretien car la tâche qui m’attend n’est pas des moins ardues. Je m’y attelle immédiatement. Et je souris car je sais que dans quelque temps, une petite sœur va naître.

Mémoire et Mémoire, dans dix jours je vous présenterai Soutenance.