A la demande de Meuble, voici un petit texte écrit à la va-vite pour Parano. L'énoncé du thème : "Ecrivez-nous la soirée de Marie-Chantal et Hervé. Hervé a récemment appris qu'il allait être trahi par son frère Matthieu, lui-même ancien amant de Marie-Chantal qui certes, le garde à distance, mais..."'
Le principe était de faire à la sauce Harlequin, mais comme vous verrez j'ai un peu dévié, c'était plus fort que moi :p


Tandis qu’il marchait mains dans les poches le long du boulevard sombre, Hervé ne pouvait s’empêcher de penser à Marie Chantal. Les questions se bousculaient dans sa tête alors qu’il visualisait le corps plein de grâce, les cheveux bruns luisants et le sourire de déesse de sa compagne. Ce soir, elle avait appelé pour dire qu’elle ne rentrera pas, prétextant un séjour hors de la ville payé par le travail. Il trouvait ça louche. Depuis quand avait-elle un travail ? Depuis quand rêvait-elle d’indépendance ? Hervé n’aurais su dire.

Les hanches de Marie Chantal ondulaient encore devant ses yeux lorsqu'il songea à Matthieu, ce frère qu’il avait tant aimé et qui lui avait par le passé volé son amour. Heureusement, elle lui était revenue, sa Marie Chantal. Il l’avait recueillie après une dispute avec son amant, ses grands yeux verts baignés de larmes. Il n’avait pu résister à ce visage familier, ce parfum enivrant, ces formes généreuses. Ils s’étaient réconciliés sur l’oreiller. Sûrement la meilleure étreinte de sa vie.

Quand il redescendit de son nuage, il se rendit compte qu’il était arrivé devant chez son frère. Celui qui lui avait une fois pris sa femme et qui ne cessait de lui tourner autour depuis qu’elle lui était revenue. Mais Marie Chantal ne se laissait pas faire, oh non ! A sa dernière visite, sa jolie main était allée se ficher droit sur la joue du traître. Ah comme il était fier de sa gracieuse femme !

Mais un doute sournois s’insinuait en lui depuis quelques jours. Marie Chantal rentrait tard, refusait de parler et même de se faire toucher par lui. Il ne pouvait supporter la savoir dans les bras d’un autre homme, mais l’expérience passée lui avait appris à se méfier. Il voulait en parler à Matthieu, il voulait lui pardonner pour la dernière fois et souhaitait se confier à son frère, comme lorsqu’ils étaient enfants.

S’approchant de la maison, il remarqua à travers la fenêtre éclairée une activité suspecte. Tel un voleur en repérage, il jeta un œil dans le salon. Il compris son erreur et revit le passé défiler devant ses yeux. Là, sur la canapé en cuir bon marché (quelle faute de goût), une silhouette généreuse aux longs cheveux bruns ondulait en harmonie avec celle trop familière de son frère.

Il restait là, yeux écarquillés, bouche bée et ne sachant que faire, lorsque les yeux surpris de Marie Chantal croisèrent les siens. Des mots échangés qu’il ne perçu pas, un homme et une femme qui se rhabillent. Puis une porte qui s’ouvre, des cris, des pleurs, des coups, un liquide rouge. Un regard sur sa main, son couteau, toujours ce liquide. Marie Chantal, étendue inerte sur le gazon, en robe de chambre, le vert de ses yeux remplis d’effroi contrastant avec la tache rouge se répendant sur le sol. Un choc. Matthieu qui le maîtrise. Et bientôt une sirène, celle de son accusation, celle de la fin de sa vie, qui s’approche à grande vitesse.

copyright E.F.