Non mais regardez les, ces moutons ahuris, qui courent avec plaisir pour vider leur portefeuille et enrichir les entreprises déjà multimillionnaires. Regardez les se battre et s'entasser, attendre la dernière minute, céder aux caprices de leurs monstres sous prétexte que quelqu'un a décidé un jour que la fin de l'année rimerait avec cadeaux et endettement...

« - Oh, pardon Monsieur !
- Vous n'pouvez pas regarder ou vous aller, non ? »

Evidemment, elle n'a pas attendu ma question pour détaler. Des fois que je veuille me venger en la bousculant à mon tour. A moins qu'elle ne soit pressée d'aller acheter son prochain jouet, histoire d'éviter la rupture de stock et de se charger encore plus (est-ce seulement possible ?).
Noël est la bonne période pour s'entraîner au bowling humain. Tous pressés qu'ils sont, zig-zagant ainsi dans la rue, il suffit de marcher droit, épaules contractées et hop, des paquets par terre, des toupies humaines, des insultes. Tant pis pour eux. Les fêtes sont toutes les excuses pour oublier la politesse et le bon sens. Je refuse de me laisser imposer leur danse frénétique.

L'intérieur des magasins est une jungle bien plus dangereuse que la rue. Mais comment diable peuvent-ils respirer dans cette atmosphère saturée de sueur et de chaleur. La tête me tourne déjà, je me sens rouge comme la pivoine. La chaleur humaine ne m'a jamais parue aussi peu plaisante.

« - Puis-je vous aider en quoi que ce soit, Monsieur ?
- Euh, oui. Je cherche le dernier Ari Poteur s'il vous plaît.
- Bien sûr, il est juste au bout de l'allée sur le présentoir que vous voyez là bas.
- Merci bien.
- Je vous en prie, au revoir. »

Ah, et la queue à la caisse... Comment oublier la queue à la caisse ? La file interminable, la mère de famille qui se croit permis de doubler parce que son chiard braille comme un veau et qu'elle en a marre, celui qui râle parce qu'il n'a qu'un petit livre alors que ceux de devant ont des paniers débordants. Et le moment fatidique de dégainage de la carte bleue. On pourrait trancher un de leur membre que ce serait pareil. Et pourtant ils le font. Mais Noël a ce pouvoir de faire que l'absurde devient commun. Fascinant...

Enfin, on respire nettement mieux à l'extérieur. Même s'ils essayent de nous éblouir à coup d'illuminations, ce ne sera pas pire que les lampes électriques de l'intérieur. C'est un tel soulagement que de retrouver la lueur du jour (même polluée) que j'en pardonnerais presque cette dernière bousculade.

« - Apprends à faire la différence entre un lampaire et une personne, péquenot ! »

Presque. Fallait pas déconner non plus.

Home sweet home. Chaussons, fauteuil, chauffage à bonne température, thé brûlant. Récapitulons. Les ploucs : dehors. Et dedans : le jeu vidéo de Henri, le livre de Manon et les chocolats pour leurs bêtes de parents. Mission accomplie. Je suis sûr qu'ils vont adorer ça mes petits, j'ai hâte de voir la réaction sur leur visage. Vivement le 25.

copyright E.F.