L'air est chaud et le vent souffle doucement, caressant ma peau. Le soleil brille de tout son éclat, sans pour autant être aveuglant ; il sublime les couleurs du paysage environnant. Les branches de l'arbre auquel je suis adossée me protègent des rayons, me procurant un toit verdoyant. L'écorce est rugueuse et l'odeur de la sève parvient jusqu'à mes narines, se mêlant à l'odeur de l'herbe chaude et de l'iode. D'où je suis j'aperçois les vaguelettes sur la mer. Cette dernière est calme, elle se balance doucement, telle une vieille dame somnolant dans son rocking-chair. Sa couleur est indéfinissable, tantôt bleue comme un miroir du ciel, tantôt verte comme les hauteurs de la falaise où je me trouve.

Le silence règne, à peine perturbé par les faibles chocs des vagues sur les rochers en contrebas ou le son du vent léger dans les branches de l'arbre. Aucun oiseau ni autre animal à l'horizon, je suis en tête à tête avec la nature. Ma respiration se cale sur le mouvement des vagues et j'ouvre les bras, comme pour embrasser le panorama, accueillant à plein poumon l'air chargé d'iode. Les tensions se dénouent dans mon corps sous les caresses du vent et je souris, libérée de la grisaille des mauvais jours, du stress de l'hiver, de l'angoisse de la ville.

J'ouvre le carnet posé jusque là sur mes genoux et immortalise l'instant à l'aide de mon crayon. Depuis toujours, à chaque étape de notre voyage, je couche dans mon carnet de cuir les paysages, les gens, les odeurs, les sensations. Bien que tout soit présent en moi à jamais, je ne peux plus oublier la chaleur du soleil en hiver, ni la caresse des flocons de neige en été.

Une voix appelle mon nom. J'ai dû m'assoupir, bercée par la chaleur, le silence et le mouvement des vagues. Au loin on me fait signe. Le cheval est reposé et la roulotte parée. Il va falloir repartir vers un autre horizon. Un dernier regard depuis la falaise, un dernier vertige devant la grandeur de cette nature, et je rejoins mes camarades de voyages. Comme moi ils sont gitans, n'appartenant à aucune patrie, mais vivant pleinement la vie et profitant de chacun de ses cadeaux.