Jean-Claude habite dans la savane. Et il aime ça. Surtout quand il s'agit de prendre un bon bain avec sa famille. Normal pour un hippopotamme.

Mais Jean-Claude aime aussi traîner du côté de la maison des N'Gouma. Il se glisse près de cet antre que ses parents lui ont dit d'éviter à tout prix ; et là, par la fenêtre, Jean-Claude s'envole au paradis. Jawaad, le père, et Malaika sa fille, aiment tous deux se regrouper devant le petit écran une fois la nuit venue. Et Jean-Claude vient depuis maintenant des lunes observer à travers la petite fenêtre, les différents programmes, couleurs, bruits et humains que contenait cette petite boîte intrigante. Malaika le sait, en même temps, difficile pour un hippopotame de se cacher. Et le soir elle lui laisse toujours un petit en-cas avant le début du film et a rapproché la télévision de la fenêtre, le tout sous l'oeil amusé de son père.

Ce soir, c'est soirée action sur la chaîne préférée de N'Gouma. D..I..E.....H...A...R..D lit Jean-Claude depuis le coin de savane d'où il a le meilleur angle de vue. Et le film se déroule. Sentiments, bagarre, trahison, sang. Les gentils contre les méchants, un homme prêt à tout pour sauver sa famille et des inconnus. Jean-Claude ne se rend même pas compte qu'il est tétanisé, absorbé, gueule grande ouverte devant les exploits de John McCLane.

Le lendemain, ses cousins le trouvent bien silencieux lors du grand bain. Jean-Claude bouge à peine, se laisse peser dans l'eau. Il n'entend pas les moqueries qui commencent à fuser autour de lui, car Jean-Claude est déjà loin dans son esprit. Un plan germe. Un grand plan. Qui épatera toute la savane et fera de lui un héros comme McCLane. Oui, il allait devenir le défenseur de la savane, le sauveur vers qui toutes les demoiselles hippo se tourneraient en cas de détresse.

Ainsi, avec un morceau de branche d'un arbre brûlé la veille, il se dessina des lunettes de soleil. Ca fait vachement plus classe. Puis il fit un petit galop à travers la plaine pour entretenir sa forme et s'arma d'une solide branche dans sa gueule afin de pouvoir se défendre.
Le voir ainsi accoutré et agir comme un humain imaginaire, toute sa famille commença à rire du pauvre Jean-Claude. Il semblerait même que le cousin Arthur (paix à son âme) ait oublié que même un hippo pouvait se noyer sous le coup d'une crise de fou-rire. Mais Jean-Claude ne s'arrêterait surement pas à ces idioties.

Et des jours durant il patrouilla, la patte légère, l'oeil vif, en alerte, prêt à bondir au moindre danger. Sauf que le pauvre Jean-Claude tomba un jour sur un groupe de hyènes qui avaient entendu parler de sa nouvelle lubie et en avaient fait leur nouvel objet de ricanement. Comme chacun sait que les hyènes sont une sale engeance, il était du devoir de Jean-Claude de les repousser hors du territoire des hippos. Mais loin d'être intimidée par la carrure et l'allure du nouveau héros de la savane, elle le tournèrent en ridicule, le mettant à terre en moins de temps qu'il n'en faut à John McCLane pour décider à faire péter une bombe, et le laissant là, gisant, incapable de se relever, ne pouvant qu'attendre un véritable héros pour le remettre sur pattes. Puis elles s'en allèrent en ricanant, allant colporter la nouvelle du héros mis à mal par trois pauvres hyènes.

Ce fut Malaika qui le trouva ainsi. Avec la rapidité de ses petites jambes, elle alla prévenir son père et tous deux revirent chargés de matériel médical et d'eau (comme il avait soif ! Il l'avait presque oublié). Leurs très bons soins lui permis d'être sur pattes le soir même et après une caresse du bout de son gros nez à chacun des hommes, il s'en retourna chez les siens. Mais quelque chose avait changé. Avant il était juste Jean-Claude. Maintenant grâce aux hyènes et à leur histoire, il était Jean-Claude le bon à rien, la risée de la tribu entière.

Tout penaud, il prit le chemin de la maison des N'Gouma. Un peu de télévision lui ferait du bien, ainsi que la présence de ses héros à lui. De la nourriture l'attendait, son coin était tout frais, il s'y installa sous l'oeil amusé de Malaika. Et le show commença. Une émission (comment disent-ils déjà ?) de télé-réalité où les gens sont choisis pour leur talent au chant. Là... Bien sûr ! La voilà la solution. Il n'était pas un gros dur capable de protéger la savane, mais il n'était pas bon à rien. Il allait leur prouver à tous : il allait devenir chanteur !