Tommy n'osa pas raconter ce qu'il avait vu. Papa lui avait déjà dit que les lutins et les monstres ça n'existe pas. Et Tommy se mit à douter de ce qu'il avait vu. Mais deux jours plus tard, Maman demanda :

« - Tommy, est-ce que tu sais où est passée la clé de la cave qui était dans la soucoupe ? »
Tommy ne pouvait pas mentir à maman, ce n'était pas bien.
« - C'est le lutin qui l'a prise jeudi, je l'ai vu. »
« -Allons Tommy, nous t'avons déjà expliqué que les lutins n'existent que dans ton imagination. »
« - Mais Maman, c'est vrai, je l'ai vu ! Il est petit, habillé en vert avec une longue barbe et tout ridé.... »
« - Tommy, s'il te plaît, ça suffit. C'est toi qui a pris la clé, hein ? »
« - Non Maman, je te le jure, c'est pas moi. »
« - Oui, bon, d'accord. Si tu la vois, fais moi signe. »
« - D'accord Maman »

Il savait que ça mère ne l'écouterait pas. Elle semblait être aveugle à certaines évidences parfois. Mieux valait ne pas insister si il tenait à son dessert de la semaine.

Dimanche soir, Tommy était en pyjama, dents brossées, prêt à se coucher, lorsqu'il vit la petite créature dans sa chambre en train de jouer avec la clé dorée de la cave dans la lumière de la lampe de chevet. Aussitôt, un cri sortit de la bouche de l'enfant, un « Hé! » spontané qui fit fuir immédiatement le lutin... sous son lit ! Reprenant ses esprits, Tommy se rua en direction de ce dernier, se jeta à genoux pour essayer d'attraper le petit être. Mais sous le lit il n'y avait aucune trace du lutin. Volatilisé, envolé, perdu. Il ne restait plus que la grosse clé sur le sol pour prouver que cette apparition n'était pas qu'un rêve. Prudemment, Tommy alla remettre l'objet dans sa soucoupe pour que Maman la trouve le lendemain.

****

Pendant plusieurs semaines, le lutin n'apparut plus et Tommy se mit à oublier peu à peu son existence. Maman avait cru que c'était lui qui avait volé puis remis en place la clé, mais il s'était bien gardé de dire la vérité. Il savait qu'il aurait été encore plus embêté si il avait parlé de la créature chapardeuse.

Un jour la famille se préparait à sortir. Tante Maddie avait invité toute la famille avant les fêtes de fin d'année car elle ne supportait pas les réunions familiales qui avaient lieu à cette occasion et préférait donc voir sa soeur en petit comité. Comme il s'était mis à faire très froid dehors depuis quelques jours, Maman demanda à Tommy d'aller chercher son écharpe et son bonnet dans le placard. En grand garçon obéissant, il alla jusqu'à sa chambre et ouvrit la penderie où se trouvaient ses affaires d'hiver. Il chercha pendant de longues minutes l'écharpe rouge vif et le bonnet vert sapin que Maman lui avait tricoté deux ans auparavant, mais sans succès. Il se retourna alors dans l'espoir de trouver un autre endroit où chercher ses vêtements quand il le vit. Le lutin était là, devant lui. Il le regardait droit dans les yeux, un sourire moqueur affiché sur les lèvres. Mais Tommy ne regardait pas les yeux du petit être, il regardait ses mains. Car dans ces mains là, il y avait une écharpe rouge vif et un bonnet vert sapin.

Instinctivement, Tommy essaya d'attraper ses effets en sautant sur le lutin les deux mains en avant. Mais ce dernier, très agile, s'enfuit à l'autre bout de la chambre. S'ensuivit une course poursuite dans la pièce, le jeune garçon se faisant toujours distancer par le petit moqueur. Au bout de quelques minutes, alors que le lutin semblait être absorbé par l'examen minutieux des vêtements près de la table de chevet, Tommy bondit. Cependant, au moment de l'impact présumé, le lutin sembla comme aspiré sous le lit. Comme la dernière fois, lorsque l'enfant atterrit sur le sol et risqua un oeil, tout ce qu'il vit fut le sol poussiéreux de son dessous de matelas. Les vêtements étaient tombés à côté du garçon qui les ramassa vite fait avant de retourner vers ses parents.

« - Ben alors, t'étais passé où ? Ça fait un moment qu'on t'attend ! 
- Je... Je ne les trouvais pas.
- Et c'est pour ça que tu es tout débraillé et décoiffé ? Qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Rien Maman.
- Hmmm, oui, bon, on y va. »

Papa sortit le premier, suivi de Maman. Lorsque Tommy se retourna avant de passer le seuil, il vit le petit être exécuter une danse moqueuse. Préférant se taire, il partit sans rien dire.

****

Les semaines et les mois passèrent. Le lutin rendait souvent visite à Tommy et à ses parents. Il « empruntait » des objets dans la maison et Maman croyait que c'était son garçon qui s'amusait à les cacher ou alors qu'elle était tête en l'air et qu'elle n'avait pas rangé comme il fallait. Mais Tommy savait la vérité et il était à l'affut. Les courses poursuites entre lui et le petit être devinrent un jeu au fil du temps. Dès que l'enfant apercevait un bout de barbe ou un tissu vert s'agiter dans la maison, il partait en chasse jusqu'à ce que la créature disparaisse sous le lit en abandonnant son butin. Il essayait de temps en temps de raconter la vérité à Maman, mais elle le grondait toujours en affirmant que les lutins n'existaient pas et n'étaient qu'un produit de son imagination. Malgré tout, le compagnon de jeu semblait bien réel à Tommy. Et ainsi il grandit. Jouant, chassant avec son ami invisible à ses parents.

Mais un jour, le lutin ne vint plus. Des semaines puis des mois passèrent sans que Tommy ne vit le visage ridé au sourire moqueur. Pourtant, des objets semblaient continuer à vouloir disparaître et réapparaître dans des endroits où on ne les attendait pas. Les souvenirs du lutin devinrent flous pour le jeune adolescent. Etait-ce le produit de l'imagination fertile d'un garçon solitaire finalement ? Etait-il lui-même simplement distrait ? Oui, Maman disait que c'était ça. Elle devait avoir raison. Ainsi il avait eu un ami imaginaire durant son enfance. Ce que cela pouvait bien être ringard. Maintenant il était presque adulte, il n'était plus question de croire à ces imbécilités. Si les lutins existaient vraiment, tout le monde le saurait. Rassuré par ces pensées, Tommy, allongé sur son lit d'adulte, prit un livre sur la table de chevet et ne s'inquiéta plus de cette histoire. Sous le lit pourtant, dans l'ombre, brillaient deux yeux malicieux.