Expédition polaire

Le courant d'air est glacial. Je m'en prémunis tant bien que mal. C'est de ma faute, j'avais laissé une brèche dans la constitution de mon abri. Me maudissant intérieurement, je sert ma couverture encore plus fort contre moi. Le tissu est frigorifique, mais peut être qu'entre lui et moi un semblant de chaleur va s'établir. Cet espoir m'obsède, je m'y accroche de toutes mes forces. Mon nez, mes oreilles, mes pieds... toutes mes extrémités sont gelées. Impossible de dormir dans de telles conditions. J'imagine un instant ne pas avoir d'abri, être à la merci des températures insupportables, des danses du vent cruel et je frissonne. Heureusement, ma couverture est épaisse et la présence de mon camarade auprès de moi rend le début de cette nuit un peu plus supportable. Au bout d'un instant qui me semble une éternité, mon sang circule à nouveau normalement dans tout mon corps et ma température s'équilibre. Les pieds au chaud, je ne tarde pas à sombrer dans un sommeil empli de cauchemars, tout en pensant que la prochaine fois, il faudra que je ferme la fenêtre avant la tombée de la nuit.


Jungle sauvage

Je suis devant la cage. D'habitude j'ai l'habitude d'une certaine coopération : j'ouvre, on sort gentiment, je prends dans mes bras, je referme. Cette fois je sens que quelque chose ne va pas. Le pauvre est affaibli, recroquevillé sur lui même. Surement maltraité dans le transport. Je commence par l'attirer doucement vers moi, mais il résiste, refuse de passer la porte qui le mènera vers sa libération. J'abandonne et le laisse en paix quelques instants, le temps de réfléchir à une autre stratégie. J'essaye de le prendre autrement et réussis à lui faire passer le bout du nez à l'air libre. Nouvel échec cependant, retour dans la cage. Dans un élan de dépit, je prends mon téléphone pour appeler à l'aide. On me dit qu'on me remplacera ce soir pour faire ce travail. Mon orgueil refuse cette solution, je raccroche. Une autre approche, une autre défaite, je me griffe sauvagement au passage. Un revers cuisant que la brûlure à mon bras me rappellera encore longtemps. Le fiasco est presque total quand je semble retrouver l'usage de mon cerveau. Peut être que sa deuxième couche, très épaisse, l'empêche de passer confortablement. Peut être que si je lui enlève je pourrai le délivrer. Il se débat, le bougre, je peine à la dévoiler. Après quelques minutes je le contemple enfin de mes propres yeux. Je tire délicatement. Il sort ! Son enveloppe, une fois pliée, suit le reste. Il m'aura bien occupée, ce colis. Que j'attrape le facteur qui m'a fait cette blague !