Typiquement, les périodes de creux et les coups de bourre. Ils me faciliteraient tellement la vie s'ils venaient au fur et à mesure, un par un, tranquillement. Ou alors un pour l'essence et un pour le café en même temps, là ça serait encore gérable. Mais non. Ils préfèrent venir à une dizaine à 5h55 (on ouvre à 8h), ne pas venir du tout de 9h à 9h30 (ils sont tous morts ?) et se précipiter à la fermeture de la caisse (le midi ou le soir, mais surtout le soir, parce que c'est plus drôle de reculer l'heure de départ de l'assistante de vente, hein ? Hein ?).

Le coup des toilettes ça marche vachement bien aussi. Tiens, il suffit que j'aie envie d'y aller pour qu'un client arrive, puis un autre, puis un autre, puis la manageuse me parle, puis un autre arrive. Si je ne suis pas concernée, ça devient la file devant la porte (un seul toilette). Le pire, c'est les cars. Je me demande toujours comment ils en viennent à choisir de s'arrêter sur notre relai alors que ce n'est pas une aire (nous sommes sur un boulevard, même si c'est le périph, c'est la ville, pas une station où on s'arrête). Bref. De toute façon, c'est pas trop mal, au moins je sais qu'une fois que la foule est partie je peux nettoyer. C'est un bon indicateur (vérifier le PQ aussi).

Après il y a les copitages plus gênants. Comme la monnaie. Certains jours (rares), c'est l'avalanche de pièces. Bien pour rendre la monnaie, mais clôturer la caisse devient assez cauchemardesque (pour compter par exemple et puis l'enveloppe passe pas dans la fente du coffre si elle est trop grosse, puis ça glisse, ça se déchire...). Mais la plupart du temps, c'est l'inverse. Que des billets. Un café à 6h du mat ? Pourquoi ne pas payer avec un billet de 20€, hein ? Après tout, une station, une banque, c'est pareil non ? Désespérant. Au bout de quelques billets de 20, de 10, voire de 50 pour des broutilles, c'est dur de ne pas craquer. Surtout que la plupart des gens disent ne pas avoir d'autre moyen de paiement (et ma soeur, elle bat le beurre ?). Au final, quand il faut laisser la caisse au collègue, le pauvre se retrouve avec des billets (donc encore plus dur de faire de la monnaie aux gens). Une fois, sur 150€ j'ai laissé 70€ de billets. Mais vu la clientèle, pour une fois je voulais bien croire qu'ils n'avaient que du liquide (de toute façon, quand on voit les enveloppes contenant des dizaines de billets, ça sent le type payé au black qui n'a pas de compte en banque en France au moins). 

Le pire, c'est que bon nombre de clients nous font bien comprendre qu'on les fait chier à demander la monnaie ou un billet plus petit. Comme si c'était l'unique but de notre vie de les contrarier. Certains jours, ça devient vraiment dur à supporter. 

Dans le genre « non mais vous ne voulez pas me servir ? Je suis client, je suis roi, accédez à mes désirs », merci de vous diriger vers le rayon sandwich. Nous en faisons de frais tous les jours, toujours les mêmes quantités (en gros 2 de chaque recette et 4 de l'offre du mois) et nous ne faisons plus de jambon/beurre (seulement jambon/fromage) (moi je ne cherche pas, je fais comme on me dit). Ben voilà, évidemment des fois on jette un certain type de sandwich et d'autres jours il aurait fallu en faire cinq de plus. Ce qui est le plus agaçant, c'est encore une fois la tendance à l'analphabétisme. Les gens ne cherchent pas à savoir ce qu'il reste (en lisant les étiquettes ou en demandant) et commandent directement un jambon/fromage (en général). Bon, ce n'est pas trop grave en soi, on leur propose autre chose ou ils prennent les trucs en pain tout mou sous plastique. Mais évidemment, les jours à jambon/fromage, les gens ne veulent vraiment rien d'autre et il faudrait qu'on leur fasse sur commande (déjà je dois avoir une ou deux baguettes en plus de mes sandwichs, pas plus, donc c'est souvent compromis) et si on e s'exécute pas, on les emmerde royal. Encore cette tendance à oublier que nous ne sommes ni un café, ni une brasserie, ni un GPS, ni un maître d'hotel. Et si alors par malheur on fait payer un client à l'essence avant d'avoir résolu leur problème (moi j'en ai pas, c'est eux qui en ont un et puis l'essence d'abord, coeur de métier, tout ça), attention au regard qui tue.

Bon, heureusement il y a des phénomènes d'inconscience collective plutôt drôles des fois. Le type de gens qui passe à la station par exemple est assez caractéristique certains jours. Le premier week end, je n'ai vu que des personnes originaires d'Afrique du Nord et visiblement musulmanes pratiquantes (aucun jugement de valeur, je précise, juste un constat, histoire d'éviter les remarques totalement déplacées). Là on voit passer des billets et pas une seule pièce. On recoupe les comportements... 

L'autre week end que j'ai fait, c'était la minette blonde relativement bien gâtée par la nature qui part en vacances avec une copine de même gabarit, bien fringuée, bien coiffée et maquillée et avec l'accessoire indispensable bien sûr : le petit chien (pas le gros, c'est réservé aux familles et aux personnes plus « passe-partout »). Impressionnant de voir ces stéréotypes défiler toute une journée.

Mais si ils pouvaient me faire la monnaie, j'apprécierais encore mieux ces petits détails :p