6h15, premier coup de fil. Collègue malade ; très malade. Absente pour plusieurs jours, voire semaines. Oui, mais... les payes sont clôturées en avance ce mois-ci du fait du changement de gérance le 30. Merde, pas d'heures supp' possible, branle-bas de combat, coup de fil au chef (à 7h quand même, suis pas vache) et changement de planning en urgence. Le collègue de remplacement pour l'aprem a un empêchement en fin de journée, il faudra aussi le remplacer. Le tout s'organise par téléphone. Mais le questionnement des prochains jours perdure.

7h30, il n'y a plus de jambon pour les sandwichs, mais le pain est cuit et vu le peu qu'il reste de baguettes, il faut absolument l'utiliser. Faut-il faire 5 sandwichs rosette de plus ? Est-ce que ça va se vendre ? Dur d'anticiper...

8h00, les raclettes à vitre sont enfin sorties et les bacs de lave-glace ouverts (au lieu de 6h... presque pas de retard). Vivent les chambardements qui perturbent l'organisation de la journée.

8h30, la loi des séries. Depuis l'ouverture, les clients se succèdent au café en payant par billets de 10€ alors que ma caisse de départ ne contenait pas assez de petite monnaie (40€ en billet de 10€ notamment). La hantise de l'assistant de vente qui voit sa caisse se vider de bon matin et qui se voit déjà rendre un tiroir tout vide à son collègue de l'aprem...

9h00 L'automate non distributeur de ticket commence à déverser ses premiers clients mécontents. Le pauvre monsieur qui passe exprès pour récupérer un ticket de la nuit doit essuyer un refus. Personne n'est présent au bureau (puisque la personne remplacera la collègue malade plus tard). Mais les coordonnées sont prises et le ticket sera finalement envoyé par la poste.

9h45 Mais voilà que l'automate tombe en panne. La bonne grosse panne qui empêche les gens de se servir, sinon ce n'est pas drôle. Et quand y'a du monde, pour que ce soit plus hilarant. Comme ça, pas le temps de mettre un panneau "hors service". C'est la farandole de gens qui essayent de se servir sans voir que c'est automatique, puis se rendant compte de leur erreur essayent quand même de mettre leur carte dans le bidule qui n'a qu'un écran noir pour les accueillir. Certains préfèrent même partir sans prendre de carburant, un papy oubliant même de refermer sa trappe avant de décoller... D'autres décrochent tout de même le pistolet, des fois que ça marche en manuel...

Et quand l'automate marche pas et qu'on veut du diesel, ben on attend pour celle de devant... toujours occupée (encore pour être drôle). Même si le reste de la station est entièrement disponible (et que toutes les pompes proposent du gasoil). Comme les clients pensent faire une BA en libérant la place avant de payer, ça se transforme en "bip bip bip bip" incessants dans la boutique. Car lorsqu'il y a du monde, impossible de libérer les pompes avant paiement par le client précédent. Oh joie, félicité, zen.

11h00 D'autres, ne trouvent rien de mieux que de se mettre à la pompe fatidique... pour téléphoner durant 20 minutes. Inutile de dire que quand les déçus de l'automate souhaitent avancer, ça fait des étincelles.

13h00 Vers la fin de journée, il arrive. Le client mystère, l'inattendu, la surprise. Alors qu'on pense avoir tout vu en une journée ou en trois mois (bon, non, c'est pas vrai, mais c'est l'idée). Ca commence parce qu'il tape son code de carte bancaire trop tôt (la carte était à peine dans l'appareil déjà) et ça décolle pour finir en discussion politique sur l'inutilité du président de la république, qu'un môme pourrait faire ce job si c'est pour mettre des taxes et que le peuple suit comme un mouton, même si on le conduisait à l'abattoir et que y'en a pas un pour réagir... J'en passe. Dans le tas, moi, j'ai lancé quelque "oui, c'est vrai", ou à la rigueur j'ai acquiescé (n'étant absolument pas d'accord avec lui sur tous les points soulevés, c'était la réaction la plus saine). J'ai même essayé de trouver à m'occuper pour le faire fuir, mais ça n'a pas marché. Il a fini par conclure "il faut toujours que je me fasse remarquer où que j'aille". Oui, j'ai remarqué.

13h45, vite, je dois partir, n'ayant pas pris de pause, je commence à être en heure supplémentaire qui ne pourra pas être payée !

14h00. Finalement, je récupèrerai un autre jour le quart d'heure qui me manque. Maison !

(Ce récit n'est absolument pas fictif et reflète assez bien le quotidien d'un assistant de vente en station service, même si y'a des jours pires et d'autres moins pires ; là c'était déjà pas mal...)