Mais avant, je dois dire que ce job a apporté quelques petites satisfactions aussi. Comme la fois où je suis allée prendre en falg' un type parti pisser contre le grillage (« Vous savez, nous avons des toilettes à l'intérieur » - droit dans les yeux). C'est con, c'est mesquin, mais c'est jouissif. Et puis avec les odeurs qu'on se trimballe après, je pouvais bien m'amuser cinq minutes. Hu hu. Hum, bref, revenons à l'essentiel : les gens.

Quand je suis rentrée la première fois dans la station je me suis dit « c'est miteux » (évidemment, j'ai le chic pour tomber sur le truc qui part à la dérive avec mauvais manager). Mais le courant était bien passé avec la chef d'alors et le peu que j'avais vu les collègues, ils m'avaient paru sympathiques. Du coup j'ai signé.

Mon premier coup de bol, l'énoooorme coup de bol, a été que la chef se fasse remercier les premiers jours. Sa réputation de voleuse mythomane et hystérique n'était pas parvenue alors à mes oreilles et je ne saurai jamais à quoi j'ai échappé. Mais je suis contente de ne pas savoir en fin de compte.

Deuxième coup de bol, la remplaçante pour l'été est un petit bout de femme dynamique, autoritaire ce qu'il faut, mais aussi à l'écoute, exigeant de gros changements dans le bordel de la station (légitime), mais n'oubliant pas notre bien être (« Ça va ? T'as l'air fatigué... »). Un peu stressante au début à tout vouloir contrôler, les collègues étant un peu réticents aux changements, tout s'est finalement très bien passé et dans une bonne humeur ambiante.

Après avoir entendu parler de certaines stations et de certaines pratiques d'employés de station, je me rends compte que j'ai eu également beaucoup de chance de tomber sur ces personnes qui ont partagé mes journées pendant 3 mois. Honnêtes, gentils, ils ont grandement facilité certaines journées et les plaisanteries allégeaient l'atmosphère en cas de tension (due au client, cela va sans dire, hin hin). 

Les derniers temps, comme après 17 ans sous la tutelle d'une entreprise partenaire la station allait passer dans la main d'une personne seule, les employés, surtout les plus anciens, étaient quelque peu tendus. Sentant la fin approcher avec les stock qui se vidaient et les changements qui s'accéléraient, les pétages de plombs étaient monnaie courante. C'est ainsi que tandis que je tenais la caisse les deux mecs se couraient après dans toute la station en s'aspergeant de produit à vitre. Ou qu'ils se sont battus à coup de tubes de mayonnaise et de ketchup. Ou qu'ils se traitaient de boulets (n°1, n°2...) à tout bout de champ, jusque devant les clients (« Nan mais de toute façon l'écoutez pas, c'est un boulet. Hein mon boulet ? »). Et ça finissait par inventer des histoires de fesses ou les deux mecs étaient amants un jour, puis les deux plus anciens employés (un homme et une femme) se voyaient en douce un autre... Bref, j'ai passé le dernier mois dans un joyeux bordel du côté interne, alors que les clients se déchainaient dans le mauvais sens.

Bien sûr, ils avaient leurs travers. Trop négatifs, trop directifs, trop speed... Mais tous étaient d'une grande gentillesse. Et ça vaut de l'or, surtout dans un travail pénible. J'ai eu de grandes discussions sur la grippe, sur ce qui allait changer avec le nouveau gérant, sur comment trouver un travail, sur l'agriculture en Algérie. J'ai aimé mon statut de curiosité : « Quoi ? T'as Bac+5 ????? Mais qu'est-ce que tu fous là ? », ça a donné lieu à pas mal de plaisanteries entre nous. Et j'ai pu choquer un client costard-cravate aussi.

Maintenant je retourne à mon chômage solitaire, mais avec la ferme intention de ne pas me laisser aller comme auparavant. Je suis inscrite à un atelier de théâtre, je m'active dans la maison (ménage, cuisine), j'ai un véritable coin bureau (et pas coin de canapé) où je pourrai travailler mon rédactionnel presse et imaginaire. D'ailleurs, une petite inspiration hier soir pourra peut être donner un short text ici bientôt... qui sait ? Au boulot en tout cas !