« Pour commencer, vous faites « HA ! » avec ce geste quand je dis « 3 ». Après on passera le « HA ! » à son voisin. ». Ça me rappelle fortement quelque chose. Un exercice non réalisé depuis, pfff, deux ans et demi. C'est comme renouer avec un vieux pote - « Tiens, salut Machin, qu'est-ce que tu deviens ? » - et reprendre la discussion comme si on ne s'était jamais quitté.

Après avoir angoissé un max pendant plusieurs jours, notamment dans la journée (vu qu'en plus le texte que j'avais en cours n'allait nulle part...), j'ai franchi la porte de la maison pour aller voir des inconnus en lieu inconnu pour pratiquer une activité connue suivant une méthode inconnue. Bref, beaucoup d'inconnu, pour moi qui ait tendance à ne pas aimer ça. Je m'imaginais déjà les pires situations, me voyant rester à part tout le long, ne pas prendre la parole, repartir le cœur gros, déçue et en pleurs, pour finalement n'avoir aucune activité encore cette année (c'est tout moi ça, optimiste jusqu'à la moelle). Mais il suffisait de marcher cinq petite minutes pour retourner à l'école où se déroule l'atelier.

Ma première impression est qu'ils sont plus âgés que moi en majorité. En vérité, plusieurs filles sont plus jeunes, j'ai juste toujours l'air d'une gamine attardée avec ma queue de cheval éternelle, mes baskets et mon sweat shirt aux couleurs de l'école. Les hommes, assez nombreux, sont en revanche plus vieux. Certains même bien plus vieux. Le genre one man show à eux tout seul, les pitres de service qui se sont enfin décidés à utiliser leurs talents dans un cours.

La deuxième impression est que ces gens là arrivent à se lâcher comme un rien. A part trois filles qui butent visiblement plus sur certains exos (« Bonjour, je m'appelle Bidule et j'ai jamais fait de théâtre »), ça fuse pas mal (les fautes de jeu sont inévitables, mais la réactivité est impressionnante). Il reste cependant des hésitations à se lancer avec de grands blancs entre les groupes le temps que quelqu'un trouve le courage de se lancer. Je me rappelle le mal que j'ai eu à commencer l'impro et je suis presque jalouse. Mais j'arrive à me lâcher aussi. Enfin, la comédie étant assez naturelle chez moi, j'ai beau être pétrifiée de trouille dans cet environnement (pas si) hostile, je me fais déjà remarquer en bien (« très bonne scène de burlesque », « très bon accent italien »). La manière de dire peut paraître prétentieuse, mais je sais au moins reconnaître mes qualités dans ce domaine ; et comme je ne m'en reconnais pas beaucoup, acceptez donc cette petite démonstration de vantardise.

Bien qu'étant un atelier de théâtre, l'improvisation a pris sa place à 100% dans cette soirée de présentation. Très souvent seul, puis en couple devant les autres, nous avons enchaîné les exercices. Présentation personnelle, définition d'un personnage uniquement par sa démarche, utilisation d'une chaise pour tout sauf pour s'asseoir, casting... Pas forcément facile, plein de clichés et de reprise d'éléments télévisuels pour s'appuyer, mais sympathique et bonne entrée en matière pour tout le monde au final. L'animatrice de l'atelier est particulièrement attirée par le burlesque, ce qui me va tout à fait en improvisation. J'espère cependant que pour la partie théâtre nous pourrons expérimenter une palette d'émotion variée, j'en rêve depuis que j'ai fait mes deux pièces de théâtre... burlesques... J'aspire à autre chose. D'un autre côté, pour un loisir à vocation de détente, l'humour est un bon axe de travail. Let's see. Nous sommes sensés entrer dans le « vif du sujet » dès la semaine prochaine.

Bien que tendue à l'extrême comme à mon habitude, je me suis sentie de plus en plus à l'aise pour parler (pas forcément pour trouver les idées...) au fil du temps et j'en ai même profité pour soutenir notre benjamine de 17 ans qui flippait de la façon la plus visible possible et que je ne souhaitais surement pas voir abandonner après le premier cours. J'ai d'ailleurs fait un bout de chemin en sa compagnie en sortant et je me suis trouvée pas mal de points communs avec elle. Très sérieuse, littéraire contrariée qu'on a forcé à aller en ES (ah, une lettre de trop, mais c'est équivalent quand même), visiblement timide en public mais extravertie lorsqu'elle est à l'aise... Bref. Je crois que je me suis déjà faite une copine et je dois lui montrer ce que j'écris (écrivais... pour l'instant) la semaine prochaine. 

Bien qu'elle ait réussi à me dire que j'avais du talent niveau comédie, ce n'est pas (uniquement :D ) pour ça que je me suis attachée à elle. D'ailleurs j'espère bien développer des affinités avec d'autres élèves. J'ai notamment eu une très bonne entente sur scène avec un chauffeur de tram/bus nantais, qui laisse présager de bons moments à passer dans les prochains cours.

Je m'attendais à avoir plusieurs cours d'acclimatation pour juger du groupe et savoir si je serais à l'aise dedans, mais les quelques liens que j'ai déjà pu tisser en plus des observations positives que j'ai pu faire, me laissent penser que les mardis soirs seront bien agréables jusqu'en juin. Ne reste qu'à confirmer, dès la semaine prochaine.