Un bruit soudain, un geste un peu brusque, un mouvement inattendu aperçu du coin de l'oeil...

L'alarme est déclenchée, les gyrophares rouges projettent des ombres dans tout l'espace disponible. Les troupes sont alertées et se mettent en rang, barrière impénétrable à l'agression présumée. Comme un seul homme, les bras se lèvent, les boucliers se déploient, les genoux de plient pour amortir les chocs. Les émissaires se rendent dans les coins les plus reculés à une vitesse incomparable. La réponse est immédiate, les murs apparaissent presque instantanément, froids, durs, infranchissables.

Tout cela n'a duré qu'une fraction de seconde. Le silence tombe, l'attente est le moment le plus douloureux de la manœuvre. Oreille attentive et regard alentours : fausse alerte. Les troupes se replient, mais laissent une avant-garde, juste au cas où... Des brèches apparaissent dans les fortifications, qui seront facilement comblées à la prochaine attaque. Le message se répand, parfois douloureux pour éparpiller les troupes tendues à l'extrême, les épaules se décrispent, les mâchoires se desserrent. 

Une nouvelle crise est passée. Cependant, la peur est toujours présente, alors que tout danger semble écarté. Est-ce la guerre ? Non. Aucune bataille n'est même à prévoir rapidement. La sécurité ne semble pourtant pas vouloir s'installer, se diffuser, être acceptée. Dans la tête, l'alarme sonne toujours, comme musique de fond, à peine moins fort que lors de l'attaque, perturbant les messages qui vont et viennent à longueur de journée. En avant-poste, les membres ne se relâchent pas, n'ayant pas reçu d'ordre définitif, restant fermé, empêchant tout de passer.

Le bonheur frapperait à la porte, qu'il serait accueilli avec les armes. C'est ce qui arrive quand les dégâts ont déjà été nombreux. Pourtant, pour reconstruire, il faut laisser entrer les matériaux nécessaire. Mais la peur de tout voir s'écrouler paralyse le corps et l'esprit. Existe-t-il une clé permettant d'éteindre l'alarme ? De laisser les messagers répandre la bonne nouvelle ? Certains soldats ont été envoyés en quête, mais si peu... Le gros des troupes a préféré protéger le fort que de trouver le moyen de ne plus en avoir besoin.

Alors la lutte interne a commencé. Optimistes et pessimistes en face à face, les armes ont plus souvent remporté le combat. Pourtant, certaines fois la positivité a gagné et ce furent des temps de paix presque sereine. A la moindre alerte, ils ont repris position, emmurant, protégeant à l'extrême. Pendant que la lutte se poursuit, les bonnes choses ne peuvent pénétrer et l'isolement rend les hommes à moitié fous. Abattre les défenses est une nécessité, mais depuis tout ce temps, plus personne ne sait comment démonter les murs ou quels ordres renverront les troupes au calme de leur foyer. Il faut apprendre, chaque chute faisant reculer autant qu'avancer. Tout cela est décevant et parfois le renoncement est proche. Il est des batailles qui sont plus douloureuses que la guerre même, car elle demande absolument tout de l'individu. 

Mais ce n'est pas en campant sur ses positions que l'on gagne du terrain. Il faut avancer, l'armistice est peut être proche, qui sait ?